Portrait d'artistes : Ibrahima Gningue, femmes et culture au coeur de ses oeuvres.



Les costumes et accessoires occupant une place centrale dans les œuvres de cet artiste sénégalais, nous avons voulu en savoir plus sur sa démarche artistique.



Pourquoi cette thématique « femmes et costumes » ?


Originaire de la communauté des lébous*, j'ai décidé de me consacrer à l’accoutrement de ces femmes (habillements et accessoires) lors de la danse du Ndawrabine et celle du Goumbé.


La culture lébou est riche en festivités telles que le Ndawrabine et le Goumbé, principales danses lors des cérémonies et rituels de la communauté. Il s'agit d'une forme de procession accompagnée d'une chorégraphie, où se mêlent les jeunes souvent appartenant à une même génération. Les femmes se mettent en rang de deux à trois colonnes avec un mouvement d’ensemble du corps vers l'avant. Démonstration dans cette vidéo...



La chorégraphie est évidemment importante mais l’accoutrement et les accessoires représentent les éléments les plus remarqués sur le plan esthétique. Les femmes portent deux grands Boubous de tons de couleurs différents qui s’envolent avec les mouvements du corps.

Concernant les accessoires, les femmes portent des pendentifs de perles traditionnelles de couleurs différentes, des colliers de matières d’orée et argenté, appelés libidor, elles portent aussi des bijoux, appelés Diibé en deux tons de couleurs rouge et jaunes.


En tant qu'artiste j’ajoute ma propre touche en intégrant des objets venant de la mer comme les coquillages ou autres, pour montrer la relation qui existe entre la mer et le peuple lébou.



Pourquoi avoir peints les visages en blanc et sans détails ?


Les visages peints en blanc sont une continuité de mon travail à l’école des Arts de Dakar. Pour mon examen de fin de formation, je travaillais sur le Tadjabone qui est un carnaval typiquement sénégalais, riche en mouvement et en couleurs. Il s'agit d'une fête folklorique célébrée principalement par les jeunes au Sénégal, lors de la Tamxarit (Achoura).


Durant ce carnaval, les filles se déguisent en garçons et les garçons en filles. Chacun se maquille le visage avec de la cendre blanche de charbon ou de la poudre blanche. Ils parcourent alors les rues en chantant et en dansant, faisant le tour des maisons pour demander des étrennes et reçoivent en contrepartie des denrées ou de l’argent. C’est donc le prolongement de mon travail avec un clin d'oeil à cette tradition locale.



Comment travaillez-vous sur l’harmonie des couleurs ?


Pour l'harmonisation des couleurs, mon ressenti personnel entre en ligne de compte et les combinaisons arrivent assez souvent instinctivement. Cependant, dans la réalisation d'une oeuvre, je cherche toujours l’équilibre entre les couleurs mais aussi un contraste et une sorte d'énergie pour avoir un résultat final esthétique. L'agencement des couleurs est clairement une étape importante.


Combien de temps vous faut-il pour réaliser un tableau ?


Pour réaliser un tableau, le temps dépend du format de la toile et de la technique de peinture que j’utilise. Par exemple, la technique aplat qui n'est pas des plus faciles à réaliser, demandera un peu plus de temps qu'une autre. Il m'est donc difficile de donner une durée fixe mais si je travaille jour et nuit, je peux réaliser une toile en 15 jours. Généralement, le temps de réalisation peut varier entre 15 et 30 jours.



*Les lébous

Cette communauté qui est cher à l'artiste Ibrahima Gningue, est constituée traditionnellement de pêcheurs mais aussi d'agriculteurs. Elle est concentrée dans la presqu'île du Cap-Vert(Dakar), qu'ils occupent déjà à l'arrivée des premiers colons dans la région. Ils parlent wolof (langue principalement parlée au Sénégal) depuis les origines. Ils sont désormais majoritairement musulmans mais ont conservé des pratiques issues de leur religion traditionnelle.

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