Portrait d'artistes : Raymond Yves Kono

Mis à jour : mai 15



Quel est votre parcours ?

Je suis titulaire d'une licence en Arts Plastiques et Histoire de l'Art obtenue à l'Université de Yaoundé 1. J'ai suivi pendant trois ans une formation en sérigraphie, au terme de laquelle se sont succédés ateliers et rencontres inspirantes.



Comment est née votre vocation d'artiste ?

Je dirais que tout est parti de souvenirs d'enfance, de ma facilité à reproduire et à donner des formes aux choses que je ressens et imagine, le plus souvent de manière spontanée.


Lorsque nous partions passer des vacances au village maternelle, j'avais dans les 6 ou 7 ans, je voyais mon arrière-grand-mère qui fabriquait des jarres en terre argileuse et les décorait avec des brindilles de bois. J'avais remarqué que ses yeux étaient tout blanc. C'est plus tard que j'ai compris qu'elle était aveugle...


Je regardais de plus en plus de dessins animés à la télévision tels que Kimbo ou encore Rahan, et le fait d'avoir eu des bandes dessinées (BD) très tôt m'a permis de m'exercer à en reproduire les illustrations. Au primaire je copiais juste des dessins. Mais une fois au lycée, le fait d'être confronté à différentes matières comme l'histoire, la géographie, la philosophie, m'a permis de retranscrire en images ce que je ressentais après une lecture. Aussi, le fait d'être abonné au Centre Culturel Français (désormais Institut Français) me donnait la possibilité d'avoir accès à des livres sur l'art, d'assister à des expositions et autres activités artistiques et culturelles.


Triple pensée

Arrivé à l'université, j'ai côtoyé des professeurs qui nous ont parlé de leurs expériences dans les domaines des arts plastiques. Déjà il faut rappeler que la filière « Arts Plastiques et Histoire de l'Art » sonnait bizarre pour beaucoup de gens à cette époque. J'ai le souvenir d'un échange avec un proche qui voulait savoir ce que je suivais comme études et dont la réaction prouvait assez la perception que mon entourage pouvait avoir à cette époque.

- PROCHE : Quelle filière suis-tu ?
- Raymond Y.K : Arts plastiques.
- PROCHE : Tu fabriques les plastiques ?

Ça fait rire, mais cela cache aussi une profonde dépression de la jeunesse, et même des parents. Après cette question la suivante était, « et avec cette licence tu feras quels concours ? » et j'en passe... L'université me semblait être un cadre de frustration et de désespoir pour beaucoup de personnes mais ce n'était pas le cas pour moi. Et en tant qu'aîné de la famille, toutes ces épreuves m'ont mené à cette formule qui a guidé mon choix : « Faire de ma passion, une profession ».



Parlez-nous de votre travail

Mon travail a évolué et s'entremêle de temps en temps. Je vais du collage à l'acrylique à la peinture à huile, en passant par la découpure. Mais depuis quelques années déjà, je me limite à l'acrylique.


Je commence par le dessin. Une fois le dessin sur la toile, j'ajoute les couleurs selon mon humeur. Le plus souvent des couleurs vives. Les formes aux caractéristiques Humaines sont des esprits, que j'ai nommé « Ntshi-Ntshim » (en langue Éton). Ils véhiculent des codes de la statuaire Fang (groupe ethnique bantou que l’on trouve en Afrique centrale) mi-enfant, mi-adulte, ni trop long ni trop court. À cette dualité, s'ajoute l'évitement du regard, que je symbolise par les têtes retournées ou renversées. Une partie de cette démarche artistique est un écho à la pensée de Sartre lorsqu'il disait :

« le regard de l'autre me juge; l'enfer c'est l'autre; Le regard de l'autre me chosifie; Et de peur de mourir d'ennui, je préfère mourir de rire... »

Sweet time

Je crée des scènes teintées d'ironie, je joue avec le vestimentaire (caleçon bigarré, tee-shirts, chaussettes, casquette, képi), certains esprits n'ont pas de chaussures sur un pied, parfois je les présente aussi avec une chaussette et les pieds nus. Je traduis par là le manque. Il semblerait que l'on ne peut pas tout avoir dans la vie ! En fait c'est la combinaison de ces éléments qui donnent ce résultat. Et en tant qu'artiste, j'aime bien les mettre dans un espace où ils sont en lévitation.



Quelles sont vos inspirations artistiques ?

Je m'inspire de mes lectures, et surtout de mes goûts musicaux. Il y a aussi toutes mes expériences au quotidien, bonnes comme moins bonnes, que je m'efforce de convertir à mon avantage. N'oubliez pas, je préfère mourir de rire que d'ennui...


La couleur est importante dans votre travail, que signifie t-elle pour vous ?

Je considère la couleur comme un remède, un médicament. De manière générale, la couleur soulage mes peines. C'est ma façon à moi de faire ma thérapie... La couleur est une solution !



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