Il y a quelques jours, je suis allée découvrir Matière à abstraction, la dernière exposition de la Galerie Christophe Person. Au-delà de l'exposition elle-même, j'étais aussi curieuse de visiter ce nouvel espace, installé rue du Bac, dans les anciens locaux de la galerie Jean Fournier, une adresse emblématique de l'abstraction à Paris.
Avec Matière à abstraction, il réunit des artistes aux pratiques très différentes et propose une réflexion sur la manière dont l'abstraction est abordée dans l'art contemporain africain. Plus qu'un thème commun, c'est la diversité des approches qui ressort de l'exposition.
Très vite, on comprend que chacun développe son propre langage. Parmi toutes les œuvres présentées, deux artistes ont particulièrement retenu mon attention : Joseph Ntensibe et Mamadou Cissé.
Né en Ouganda, Joseph Ntensibe est l'une des figures importantes de la scène artistique est-africaine. Depuis plus de trente ans, il peint des paysages inspirés de son environnement et s'intéresse particulièrement à la relation entre l'homme et la nature.
Ses peintures m'ont immédiatement transportée dans son univers végétal. Ses œuvres sont regorgent de végétation luxuriante, d'arbres, d'oiseaux et de lumière, dans une palette de verts, de jaunes et de tons plus doux. Il s'en dégage une vraie sensation de calme, comme si le temps ralentissait. En m'approchant, j'ai découvert un travail d'une grande finesse. Chaque détail semble avoir été pensé, sans jamais alourdir la composition. On se laisse facilement absorber par ces paysages.
À l'inverse, les œuvres de Mamadou Cissé débordent d'énergie. Né à Dakar et installé en France, l'artiste développe depuis de nombreuses années un univers très reconnaissable, inspiré des grandes métropoles africaines.
Il construit des villes imaginaires au stylo et au feutre, avec une précision incroyable. De loin, on est attiré par les couleurs très vives. En s'approchant, on découvre un véritable labyrinthe de routes, de bâtiments et de lignes. On se demande presque combien d'heures de travail chaque œuvre a demandé.
Ce que j'ai aimé, c'est que ces deux artistes provoquent finalement la même réaction. On s'approche, puis on s'approche encore. À chaque fois, un nouveau détail apparaît.
C'est peut-être ce que je retiens de cette exposition. Les univers sont très différents, les techniques aussi, mais le niveau de précision est impressionnant. Joseph Ntensibe met cette précision au service de paysages paisibles, tandis que Mamadou Cissé l'utilise pour créer des villes vibrantes et colorées. Deux approches opposées, mais une même attention portée au moindre détail.
Au-delà de l'exposition, c'est surtout la découverte de ces deux artistes que je retiens. Deux écritures très différentes, mais une même exigence qui donne envie de suivre leur travail de plus près.